Ce témoignage a été publié par The Tablet (29 juin 1991) sous le titre “A Call I Cannot Answer” [“Un appel auquel je ne puis répondre”]. Nous le republions ici avec la permission de l’auteure.
Je veux devenir diacre. Quand, au début de l’année dernière j’ai envoyé à un évêque ma candidature au diaconat permanent, j’ai essuyé un refus qui tenait en une phrase.
Quel était le problème ? L’évêque a-t-il estimé que je manquais de foi en Jésus-Christ ? Ou bien avait-il discerné un motif égoïste derrière ma demande ? Peut-être convenais-je pas en raison d’un obstacle physique, mental ou psychologique ? Non. Ma candidature a été rejetée parce que je n’étais pas du bon sexe. La lettre de l’évêque m’informait simplement que “l’Église catholique n’ordonne pas des femmes au diaconat”. Aucune raison n’était avancée. Aucun canon n’était cité.
Mais qu’est-ce que j’ose exactement demander ? Simplement, pouvoir prendre part au ministère ordonné. Je veux être une servante ordonnée de Jésus-Christ au sein de la Communauté, à la disposition de mon évêque. Je veux exercer un ministère en collaboration avec ceux qui ont reçu mandat de l’Église pour enseigner, guider et sanctifier. Les évêques d’Angleterre et du Pays de Galles ont déclaré : “Être un ministre ordonné donne autorité au diacre dans son rôle et son travail”. J’aimerais prendre part à un tel ministère.
Je m’étais attendue, évidemment, à ce rejet. Cependant quand la lettre est arrivée, la simplicité de l’argument exprimé m’a abasourdie. J’étais submergée de honte et de culpabilité d’avoir eu le culot de poser officiellement ma candidature. L’avais-je fait en manière de provocation ? J’ai quelque difficulté à établir la subtile différence entre provocation et dénonciation de l’injustice.
Depuis lors je suis de plus en plus en colère, surtout contre moi-même pour m’être, au départ, laissée submerger par l’incertitude. J’apprends maintenant à faire face aux réactions. Il y a ces hommes et ces femmes, prêtres et laïcs, qui sont d’accord avec l’idée et me le disent. Cependant, il est bien malaisé de trouver un prêtre prêt à se casser la figure en affichant sa solidarité avec des femmes qui souhaitent devenir diacres. Et puis il y a ceux, généralement des laïcs, qui sont absolument certains que Dieu ne veut en aucun cas appeler des femmes à un ministère ordonné. Je les écoute en silence et cela semble leur être d’un grand secours.
Une certaine opposition vient aussi du côté des féministes catholiques : “Vous perdez votre temps. Ils ne céderont pas d’un pouce. Ils ont bien trop à y perdre”.
La plupart des prêtres sont perplexes quand le sujet surgit dans la conversation. Peu y ont déjà réfléchi. Un vénérable prêtre qui connaît tout ce qui concerne les femmes diacres dans l’Église primitive, soutient qu’elles étaient nécessaires dans les premières communautés pour des raisons de bienséance. En d’autres termes, ce sont des raisons sociales qui expliquent qu’il y a eu des femmes diacres. Des telles raisons n’existent-elles pas aujourd’hui ? Rencontrer les besoins profonds des femmes au niveau spirituel et psychologique, qu’elles ne peuvent bien parfois n’exprimer qu’entre elles, voilà un beau ministère pour une femme diacre. En proposant une autre image de Dieu, elle peut susciter un autre genre de ministère. Et une Église qui peut être ressentie comme hostile aux femmes a besoin d’un signe visible manifestant la bénédiction que Dieu accorda lors de la création de la femme.
Un autre prêtre m’a déclaré que c’est la conception des ordres majeurs que les femmes devraient remettre en question. Le Droit canonique est on ne peut plus clair : “Seul un homme baptisé reçoit validement l’ordination sacrée” (Canon 1024). Ma réaction est qu’il faut absolument que change la théologie concernant les femmes et puis, qu’en conséquence, soit amendé le droit canonique. Aussi longtemps que l’enseignement officiel de l’Église sera que l’incarnation de Dieu dans un homme rend nécessairement impossible aux femmes d’obtenir la grâce de recevoir les ordres majeurs, le droit canonique ne pourra être contesté.
Le fait que jadis des femmes diacres aient exercé un ministère avant qu’une distinction soit établie entre ordres mineurs et ordres majeurs doit être examiné par les théologiens. Le Concile de Chalcédoine (en 451) stipule qu’une femme diacre ne peut être ordonnée avant l’âge de 40 ans. Cela ne me tracasse pas ; ce qui me gêne, c’est que l’Église ignore toute cette tradition sans se laisser aucunement ébranler.
Je reste très consciente de ce que mes connaissances en matière de théologie et de logique font que je parviens à bricoler des arguments pour défendre ma position mais ceux-ci sont inutiles pour mettre à nu une vérité qui se tient cachée derrière la position de l’Église : celle-ci n’a jamais tout à fait abandonné ses préventions à l’égard des femmes du temps où elles étaient censées n’avoir pas été créées à l’image de Dieu. Gratien, le canoniste du douzième siècle, avait en effet décrété que “la femme n’est pas faite à l’image de Dieu”.
Ce malaise au cœur de l’Église catholique explique pourquoi les femmes, comme les lépreux d’antan jetant un regard à travers le trou d’un mur, ne peuvent non seulement exercer le ministère de diacre mais aussi sont empêchées de canaliser de diverses autres manières leur énergie comme leurs intuitions en vue de la construction du Corps du Christ.
Chacun sait que des femmes diacres ont été ordonnées jadis. Est-ce qu’il faut vraiment laisser à une simple laïque le soin de déclarer que les arguments contre la restauration d’un tel ministère féminin ne tiennent pas et que recourir à l’autorité pour s’y opposer, c’est n’être pas fidèle à la tradition ?
Notre Église est trop ancienne et trop sage pour se cramponner encore longtemps à une telle absurdité. La seule question qui vaille est : pour encore combien de temps ?
Moya St.Leger
Traduction française par Jacques Desauccy
Vous pouvez consulter également d’autres articles de la même auteure :
- Women and Ordination -- Time for Dialogue? [Les femmes et l’ordination - Le temps du dialogue?], Priests and People 6 (1992) pp. 327-329 ;
- Women Deacons: Goodwill Gestures [Des femmes diacres : des gestes de bonne volonté], The Catholic Herald, 19 août 1990, p. 5.
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| Six options pour la femme catholique qui se sent appelée à la prêtrise ? |
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